Le monde marin change et avec lui, la présence de requins près des côtes devient un sujet d’inquiétude croissant. Des événements tragiques comme l’attaque mortelle d’un touriste russe en Égypte ou encore des observations plus fréquentes de requins près des plages françaises soulèvent une question centrale : le réchauffement climatique est-il à l’origine de cette recrudescence des attaques ?
Réchauffement climatique et migration des requins : Une tendance inquiétante
Le réchauffement des océans entraîne des bouleversements majeurs dans les écosystèmes marins. Une étude de 2021 menée par les scientifiques de l’Aquarium de la baie de Monterey, en Californie, a montré que les grands requins blancs s’aventurent de plus en plus au nord de la côte pacifique des États-Unis, à la recherche d’eaux plus fraîches. Le même phénomène pourrait se produire en Europe, où des espèces potentiellement dangereuses comme le requin-tigre pourraient migrer vers les côtes françaises.
Avec la hausse des températures, les requins, qui préfèrent naturellement les eaux chaudes, se déplacent vers des régions où ils étaient autrefois rares. Cette mobilité des espèces, dictée par le changement climatique, pourrait accroître le risque d’interactions avec les humains dans des zones touristiques très fréquentées.

Des attaques de requins en augmentation : faut-il s’inquiéter ?
Malgré la peur qu’inspirent les requins, les attaques restent extrêmement rares, notamment en France. Selon l’International Shark Attack File, il y a chaque année en moyenne 74 attaques de requins dites « non provoquées » dans le monde, avec un faible pourcentage de cas mortels. La plupart des requins présents au large des côtes françaises, comme les requins-pèlerins ou les rousettes, sont inoffensifs pour l’homme.
Néanmoins, certaines espèces, comme le grand requin blanc, le requin-tigre et le requin bouledogue, sont potentiellement dangereuses. Le réchauffement climatique pourrait augmenter la fréquence de leur présence près des côtes et donc, accroître le risque d’attaques, même si celles-ci restent rares et très localisées.
Le rôle du réchauffement climatique dans la recrudescence des attaques
Le réchauffement climatique influence les habitudes des requins de plusieurs manières. Ces animaux à sang froid dépendent de la température de l’eau pour réguler leur métabolisme. L’augmentation de la température des océans accélère leur métabolisme, ce qui pourrait les pousser à rechercher davantage de nourriture. Par conséquent, ils sont plus susceptibles de s’aventurer dans des eaux peu profondes, où les interactions avec les humains sont plus fréquentes.
Par ailleurs, l’augmentation des températures océaniques modifie les courants marins, ce qui peut avoir pour effet de déplacer certaines espèces de poissons vers de nouvelles zones. Les requins, en tant que prédateurs, suivent ces déplacements de proies. Cela pourrait expliquer la présence de requins plus près des côtes européennes.
Les requins et les activités humaines : une interaction accrue
Un autre facteur à considérer est l’augmentation des activités humaines dans les zones côtières. Le tourisme de masse, les sports nautiques et la plongée attirent de plus en plus de monde dans les eaux où vivent les requins. Les requins n’ont pas changé de comportement, mais l’augmentation du nombre de personnes dans l’eau crée plus d’opportunités d’interactions. Comme l’explique Éric Clua, vétérinaire spécialiste du comportement des requins : « Les hommes vont de plus en plus vers les requins, ce qui augmente mécaniquement les risques d’attaques. »
Les morsures : un phénomène médiatique, mais rare
Les morsures de requins, bien que rares, suscitent une grande couverture médiatique, surtout lorsqu’elles sont mortelles. Selon les experts, la majorité des attaques de requins ne sont pas motivées par la prédation, mais plutôt par la curiosité ou la défense territoriale. Toutefois, les rares attaques dites « de prédation », comme celle du touriste en Égypte, sont souvent fatales, car le requin mord pour se nourrir, ce qui provoque des blessures graves, voire mortelles.
Des solutions pour prévenir les attaques
Face à ces risques, quelles solutions peuvent être mises en place pour réduire les interactions dangereuses entre les hommes et les requins ? Certains experts, comme Frédéric Dietrich, proposent la création de barrières physiques et électromagnétiques pour protéger les zones de baignade, inspirées des dispositifs utilisés aux Bahamas. De plus, des sonars basse fréquence et des systèmes de détection de squales pourraient également contribuer à minimiser les risques.
L’Union Européenne, dans le cadre de ses politiques d’adaptation aux changements climatiques, pourrait financer ces dispositifs de sécurité dans les régions touchées. En France, ces solutions pourraient être étudiées pour les zones les plus fréquentées, en particulier le littoral méditerranéen.
Alors, Le réchauffement climatique, un facteur parmi d’autres ?
Bien que le réchauffement climatique joue un rôle dans la mobilité des requins et puisse contribuer à la recrudescence des attaques, il n’est pas le seul facteur. L’augmentation des activités humaines dans les eaux côtières et la protection des requins, qui voient leurs populations se stabiliser, contribuent également à cette tendance.
Il est donc essentiel de préparer psychologiquement les populations à la présence de requins potentiellement dangereux près des côtes, sans pour autant céder à la panique. Avec une gestion efficace des risques et des mesures de prévention appropriées, les plages françaises peuvent rester des destinations sûres pour les amateurs de baignade.
